
L’or dépasse les 3.000 USD et les craintes d’une guerre commerciale s’aggravent, mais pas de panique
Bien que les profonds changements imposés par Trump aux marchés ajoutent de l’incertitude, le message est clair : une baisse pourrait se profiler, mais ce n’est pas le moment de céder à la panique.
Vendredi de la semaine dernière, l'or a franchi pour la première fois de son histoire le seuil clé des 3.000 USD, porté par l’escalade des craintes liées à la guerre commerciale et par les attentes croissantes d’une baisse des taux de la Réserve fédérale, après avoir inscrit un plus-haut historique jeudi. Les investisseurs continuent de miser sur l'or comme valeur refuge, tandis que l’incertitude économique et géopolitique s’intensifie.

Wall Street a chuté jeudi en raison de l’escalade de la guerre commerciale de Trump, qui a effrayé les investisseurs, poussant le S&P 500 à une correction de 10,1% par rapport à son pic de février. Le Nasdaq est lui aussi entré en territoire de correction, et l’indice Dow Transport frôle le marché baissier. Le dernier coup est intervenu après que l’UE a imposé une taxe de 50% sur le whisky américain, poussant Trump à menacer des droits de douane de 200% sur les vins et les spiritueux européens. L'inflation américaine est retombée à 2,8% en février, sous les attentes, offrant un peu de répit face aux inquiétudes liées à la guerre commerciale. L'inflation de base, qui exclut l’alimentation et l’énergie, a elle aussi ralenti à 3,1%, son plus bas niveau depuis avril 2021. Malgré ces données favorables, l’incertitude reste élevée en raison des droits de douane, qui pourraient faire remonter les prix dans les mois à venir. La Réserve fédérale devrait maintenir ses taux inchangés la semaine prochaine, mais les marchés anticipent des baisses de taux à partir de juin si l'inflation continue de diminuer.
Les marchés européens ont eux aussi terminé en baisse jeudi, lorsque la menace de Trump d’imposer des droits de douane de 200% sur les vins et spiritueux de l’UE a fait chuter les valeurs du secteur des boissons alcoolisées. Pernod Ricard, Rémy Cointreau et Campari ont reculé de plus de 3%, tandis que LVMH a perdu 1,1%. Le Stoxx 600 a fini en baisse de 0,15%, les valeurs automobiles menant les replis (-1,7%), tandis que les investisseurs évaluaient les mesures de rétorsion de l’UE et du Canada.
Le risque de récession augmente, mais pas de panique. Le chef économiste de J.P. Morgan, Bruce Kasman, avertit qu’aux États-Unis, la probabilité d’une récession cette année est de 40%, contre 30% auparavant. Parmi les raisons invoquées, Kasman cite les droits de douane de Trump et l’incertitude politique. Si des droits de douane réciproques devaient entrer en vigueur en avril, le risque pourrait même dépasser 50%. Kasman prévient également que l’imprévisibilité des politiques américaines pourrait fragiliser la confiance des investisseurs dans les marchés américains, menaçant le « privilège exorbitant » qui permet aux États-Unis de financer leur dette à faible coût. Il s’agit toutefois d’indicateurs prospectifs qui doivent encore être soumis à la preuve des faits, et les faits nous empêchent d’être ne serait-ce qu’un peu “catastrophistes”. Malgré l’incertitude économique, les marchés n’annoncent en effet qu’un ralentissement, et non une crise économique durable et généralisée.
Sur le marché obligataire, les spreads des obligations d’entreprises américaines ont atteint leur plus haut niveau depuis six mois, reflétant les craintes croissantes de récession. Les spreads des obligations investment grade ont atteint 94 points de base, tandis que ceux des obligations high yield (spéculatives) ont atteint 322 points de base, signalant une aversion au risque accrue. Pourtant, les possibles baisses de taux de la Fed devraient produire l’effet inverse, signe que cette anticipation de politique monétaire n’est pas encore solidement ancrée. Les actions ont reculé, anticipant un ralentissement des bénéfices, mais les spreads de crédit restent stables, ce qui témoigne de la confiance dans la dette d’entreprise.
Par conséquent, bien que les vastes changements de cap politique du président Trump ajoutent de l’incertitude, le message du marché est clair : une baisse pourrait être en préparation, mais ce n’est pas le moment de céder à la panique. En effet, les marchés ont tenté un rebond vendredi dernier, et les haussiers voudront sans doute voir davantage qu’un simple rebond d’une journée pour renforcer leur confiance. Par ailleurs, plusieurs catalyseurs potentiels pourraient animer le marché la semaine prochaine, notamment le rapport mensuel sur les ventes au détail lundi, une réunion du FOMC mardi-mercredi et la conférence annuelle GTC de Nvidia, qui se déroulera tout au long de la semaine. Dans le contexte actuel, il existe aussi une possibilité d’évolutions sur les droits de douane, qui pourraient aller dans le sens d’une aggravation comme d’un assouplissement.
En outre, plusieurs indicateurs techniques ont signalé une situation de survente, mais c’était déjà aussi le cas la semaine dernière. Le rapport sur les ventes au détail suscite une certaine incertitude, mais aussi la curiosité de voir si le marché actions réagira négativement si le rapport devait ressortir faible. S’agissant de la Fed, compte tenu de données sur l’inflation relativement rassurantes et de nouvelles preuves d’un ralentissement de l’économie, le président de la Fed Powell transmettra probablement aux marchés un ton plus accommodant qu’agressif. Par conséquent, le scénario pour la semaine prochaine reste à nouveau haussier, et les « preuves techniques de rebond » de vendredi dernier pourraient avoir davantage de place. Qu’est-ce qui pourrait remettre en cause ces perspectives ? Si de nouvelles escalades tarifaires devaient intervenir la semaine prochaine, les marchés pourraient repasser en mode "risk off" et basculer à la baisse.
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