
Midterm USA, trois scénarios pour les taux, les Bourses, le dollar et l’or. L’agenda de Trump en politique étrangère est appelé à durer
Un Congrès divisé pourrait freiner de nouvelles expansions budgétaires ; une victoire démocrate dans les deux Chambres renforcerait le contrôle sur l’administration ; une reconduction républicaine rouvrirait l’espace pour l’agenda de Trump. Pour les marchés, compteront surtout les conséquences sur l’inflation, la dette et les bénéfices, ainsi que l’écart entre le résultat et les attentes
Les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre ne changeront pas l’occupant de la Maison-Blanche, mais elles pourraient modifier en profondeur les conditions dans lesquelles Donald Trump gouvernera les deux dernières années de sa présidence. Pour les investisseurs, la question concerne la possibilité d’approuver de nouvelles mesures fiscales, de financer la dépense fédérale et de gérer une dette qui continue de nécessiter d’importantes émissions obligataires. Le résultat électoral influencera ces équilibres, sans se substituer aux facteurs qui déterminent la valeur des investissements : croissance économique, inflation, politique monétaire et capacité des entreprises à dégager des bénéfices.
À la veille du vote, les analyses consultées attribuent aux démocrates un avantage à la Chambre, tandis que le Sénat reste plus disputé. La conservation des deux majorités par les républicains apparaît donc comme un scénario moins favori, à prendre néanmoins en compte dans l’analyse. Ce serait aussi un résultat potentiellement capable de surprendre les marchés : un dénouement attendu peut provoquer des mouvements contenus, tandis qu’un résultat moins probable peut déclencher un repositionnement plus ample.
Le point de départ : les taux ne se décident pas au Congrès
Le 28 octobre la Federal Reserve a maintenu son taux de référence dans une fourchette de 3,75–4 %, décrivant une économie encore en expansion et une inflation élevée. Ce cadre limite la possibilité de lire les élections comme l’antichambre automatique d’une baisse des taux : la banque centrale devra évaluer comment les politiques qui suivront le vote modifieront la demande, l’emploi et les prix.
Il faut également distinguer le taux fixé par la Fed des rendements des Treasury. Ceux de court terme sont particulièrement sensibles aux anticipations de politique monétaire ; sur les maturités longues pèsent aussi l’inflation future, la quantité de dette à absorber et la prime exigée par les investisseurs pour immobiliser leur capital dans le temps. Les attentes sur les taux directeurs peuvent donc baisser sans qu’il y ait une diminution analogue des rendements à trente ans. Pour qui détient des obligations, cette distinction est essentielle : lorsque le rendement exigé augmente, le prix des titres déjà émis diminue, avec des effets généralement plus marqués sur les longues durations.
Premier scénario : les républicains conservent une seule Chambre
Le premier scénario est celui d’un Congrès divisé. L’hypothèse la plus intuitive est une Chambre démocrate aux côtés d’un Sénat républicain, mais la configuration inverse produirait elle aussi un obstacle significatif aux nouvelles lois. Pour adopter des changements importants sur les impôts et les dépenses, il faut en effet l’approbation des deux assemblées. La différence concerne surtout les nominations : un Sénat encore républicain conserverait pour Trump un canal plus favorable pour les confirmations, tandis que sa perte rendrait ce parcours plus difficile.
Pour les taux et les obligations, l’effet potentiellement favorable viendrait d’une moindre probabilité de nouvelles mesures budgétaires expansionnistes sans financement. Si le marché réduisait ses attentes de croissance du déficit et de l’inflation, les Treasury pourraient en bénéficier. Mais bloquer de nouvelles initiatives ne signifie pas corriger automatiquement les déséquilibres existants : les émissions resteraient élevées et les négociations sur le financement du gouvernement pourraient devenir plus conflictuelles. Le Congrès divisé pourrait donc atténuer un risque et en accroître un autre.
Pour les actions, une certaine stabilité législative pourrait être bien accueillie, car elle réduirait la probabilité de changements radicaux dans la fiscalité des entreprises. La baisse éventuelle des rendements aiderait en outre les valorisations des titres les plus sensibles au coût du capital. Toutefois, les entreprises qui comptent sur de nouvelles incitations ou de grands programmes de dépenses pourraient voir leurs perspectives réduites. Le bénéfice serait donc sélectif, surtout si l’incertitude sur les comptes fédéraux freinait les commandes et les investissements.
Sur le marché des changes, des rendements américains moins soutenus pourraient affaiblir le dollar, à conditions égales en Europe et dans les autres économies. Une plus grande confiance dans la stabilité institutionnelle des États-Unis pourrait toutefois le soutenir. Pour l’or, des taux réels plus bas constitueraient un avantage possible, tandis que la baisse de l’incertitude politique pourrait réduire la demande de protection. Il n’existe donc pas de direction unique et obligatoire pour le dollar et le métal précieux.
Sur le plan international, Trump conserverait l’initiative diplomatique, mais il devrait négocier avec l’opposition les financements des aides extérieures et des engagements militaires. Les tensions avec les alliés et les concurrents pourraient donc se poursuivre, sans qu’un Congrès divisé garantisse une politique étrangère plus modérée.
Deuxième scénario : la Chambre et le Sénat passent aux démocrates
La perte des deux majorités constituerait une contrainte plus marquée pour Trump, avec davantage de possibilités de contrôle parlementaire et un parcours plus difficile pour les nominations soumises à la confirmation du Sénat. Cela ne reviendrait toutefois pas à l’installation d’une administration démocrate : le président conserverait son veto et les démocrates ne pourraient pas présumer de le surmonter par une majorité simple. Le nouveau Congrès n’entrerait en fonction qu’en janvier 2027 : la réaction immédiate des marchés anticiperait donc des changements institutionnels ultérieurs.
Le contrôle démocrate pourrait limiter de nouvelles initiatives budgétaires républicaines, sans effacer automatiquement celles déjà approuvées. Trump conserverait en outre des outils exécutifs en matière commerciale, réglementaire et de politique étrangère, dans les limites des lois et des décisions judiciaires. Il serait donc excessif de conclure qu’une défaite parlementaire élimine le risque de nouveaux droits de douane ou des tensions internationales susceptibles d’influencer les prix. Une partie de l’incertitude pourrait simplement se déplacer du processus législatif vers les initiatives présidentielles.
Pour les Treasury, une moindre probabilité d’une nouvelle expansion budgétaire pourrait favoriser une baisse des rendements et un redressement des prix, surtout sur les échéances les plus sensibles. Ce résultat supposerait toutefois que les investisseurs lisent la nouvelle configuration comme une limitation du risque budgétaire. Si devaient au contraire dominer les affrontements sur les crédits, les menaces de paralysie administrative et les difficultés à gérer les échéances budgétaires, la prime exigée sur les obligations pourrait augmenter. Un shutdown et une crise sur le plafond de la dette sont des événements différents, mais tous deux peuvent alimenter l’incertitude.
Pour les Bourses, l’issue pourrait être favorable si elle réduisait le risque de surprises politiques sans compromettre la croissance et les bénéfices. En revanche, un conflit institutionnel persistant ou une perception de paralysie face à un ralentissement économique seraient pénalisants. Une hausse généralisée de l’impôt sur les sociétés ne devrait pas être considérée comme acquise : elle nécessiterait une loi et une confrontation avec le président. Un contrôle parlementaire accru pourrait toutefois accroître la volatilité des secteurs exposés aux décisions publiques.
Le dollar pourrait perdre du terrain si les différentiels de rendement en faveur des États-Unis diminuaient ; il pourrait au contraire se renforcer dans une phase d’aversion globale au risque. Pour l’or, la combinaison la plus favorable serait celle de rendements réels en baisse et de tensions institutionnelles persistantes. Un Congrès démocrate perçu comme un facteur de stabilisation pourrait au contraire réduire une partie de la demande défensive. Dans ce scénario aussi, la direction dépendrait de la manière dont le résultat se traduit en décisions concrètes.
Sur le plan international, un Congrès démocrate pourrait peser davantage sur les ressources, les nominations diplomatiques et le soutien aux partenaires internationaux, en augmentant le coût politique des choix présidentiels. Trump conserverait toutefois des marges d’action significatives : le rapport de force avec le Parlement pourrait favoriser des compromis ou accentuer l’imprévisibilité, avec des répercussions sur l’énergie, le dollar et l’or.
Troisième scénario : les républicains conservent les deux majorités
Une reconduction républicaine à la Chambre et au Sénat offrirait à Trump des conditions plus favorables pour poursuivre son agenda législatif. Il ne s’agirait pas d’un pouvoir sans limites : majorités étroites, divisions internes et procédures parlementaires continueraient de compter. Mais le marché devrait réévaluer la possibilité de nouvelles mesures budgétaires, de déréglementation et d’interventions sectorielles, surtout s’il avait déjà intégré l’hypothèse d’un Congrès divisé ou entièrement démocrate.
Les actions pourraient réagir d’abord favorablement aux perspectives de contraintes moindres et de mesures capables de soutenir les bénéfices. Si toutefois l’agenda était interprété comme une source de déficit plus élevé, d’inflation et de rendements obligataires plus forts, une partie de l’avantage pourrait être absorbée. Là aussi, les écarts entre secteurs apparaîtraient : ce qui soutient les bénéfices de certains peut accroître les coûts d’autres, tandis que des taux plus élevés pèsent sur les entreprises endettées et sur les valorisations les plus exigeantes.
Pour les Treasury, de nouvelles attentes d’expansion budgétaire pourraient exercer une pression sur les prix, surtout sur les échéances longues. Le dollar pourrait bénéficier initialement de rendements supérieurs, mais perdre du soutien si la hausse reflétait une dégradation de la confiance dans les finances publiques. Pour l’or, deux forces s’opposeraient : l’obstacle possible de taux réels et d’un dollar plus forts, et le soutien lié aux inquiétudes sur la dette, l’inflation et la politique internationale. Les analyses de change consultées divergent précisément sur ce point, montrant combien la nature du mouvement des rendements compte.
Sur le plan international, la continuité des majorités faciliterait le soutien législatif et financier à la politique étrangère de Trump, sans pour autant faire disparaître les divisions internes au parti. Pour les marchés, le poids des choix concrets sur la Chine, les alliances et les conflits augmenterait : des accords diplomatiques pourraient réduire la prime de risque, tandis que de nouvelles escalades la renforceraient.
Comment lire la réaction après le vote
La première distinction sera entre le soulagement lié à la fin de l’incertitude électorale et un changement durable du scénario économique. Une hausse des Bourses dans les premières séances ne prouverait pas que le résultat améliore structurellement les perspectives ; elle pourrait refléter la fermeture de positions défensives. De même, une baisse initiale des rendements devra être confrontée à l’inflation attendue et à la prime de risque budgétaire, pour comprendre si le marché anticipe une plus grande stabilité ou une croissance plus faible.
Pour un investisseur italien, la devise compte également. Un Treasury peut monter en dollars et offrir un résultat moins favorable en euros si la monnaie américaine s’affaiblit. La même distinction vaut pour les actions et l’or : le rendement du sous-jacent et celui du change se combinent, tandis qu’une couverture de change modifie l’exposition et entraîne des coûts.
La variable décisive sera la crédibilité de l’équilibre entre croissance, inflation et dette. Un Congrès divisé pourrait contenir de nouvelles initiatives sans résoudre les déséquilibres ; une double victoire démocrate renforcerait les contre-pouvoirs, avec le risque de conflits plus durs ; une reconduction républicaine élargirait l’espace d’action, exposant davantage les marchés aux conséquences des politiques adoptées. Actions, obligations, dollar et or réagiront à la soutenabilité de ces trajectoires, et pas seulement à la couleur des majorités.
Analyse de scénario fondée sur les informations disponibles au 31 octobre 2026. Les effets décrits sont conditionnels et ne constituent pas des prévisions certaines.
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