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Le Capitole de Washington entre des graphiques financiers et l’inscription « US Midterm Elections 2026 », image illustrative

Midterms aux USA, les démocrates remportent le Congrès : ce qui change pour les taux, les Bourses, le dollar et l’or

La double victoire démocrate réduit la marge de manœuvre politique de Trump, sans pour autant remettre le gouvernement des États-Unis entre les mains de l’opposition. Pour les marchés s’ouvre une phase où un possible frein à de nouvelles expansions budgétaires devra composer avec le risque d’un affrontement institutionnel plus dur

par RédactionPublié le
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La victoire démocrate aux élections américaines de mi-mandat modifie le rapport de force à Washington et oblige les investisseurs à actualiser leur lecture des deux prochaines années, car le contrôle de la Chambre et du Sénat attribué par les projections à l’opposition représente pour Donald Trump un obstacle plus large que celui provoqué par la perte d’une seule assemblée. Le président restera en effet à la Maison-Blanche, mais il devra composer avec un Congrès politiquement hostile, capable de compliquer davantage le parcours de ses initiatives législatives et de soumettre l’administration à un contrôle plus incisif.

Dans l’analyse publiée avant le vote, nous avions examiné trois configurations et associé à la prise démocrate des deux assemblées un renforcement des contre-pouvoirs, accompagné d’un risque de conflits plus durs : ce passage reste valable, mais la question porte désormais sur la manière dont le nouvel équilibre se traduira en décisions concernant les dépenses, les impôts, les nominations et le financement de l’administration. Il ne s’agit pas de renverser l’architecture de l’analyse précédente, mais de la concentrer sur le scénario issu du vote, en évitant de transformer un résultat politique en prévision automatique des prix des actifs, car une même majorité parlementaire peut favoriser des compromis dans certains domaines et produire une paralysie dans d’autres.

Un président plus contraint, pas un gouvernement démocrate

Le premier contresens à éviter est de croire qu’une victoire au Congrès équivaut à l’installation d’une administration démocrate, car le président conserve le pouvoir de veto et une majorité parlementaire ordinaire ne suffit pas à le surmonter : il faut les deux tiers des voix dans les deux assemblées. Le nouvel équilibre devient ainsi un système de pouvoirs mutuellement contraints, dans lequel l’opposition peut bloquer une proposition présidentielle sans avoir nécessairement la force d’imposer la sienne ; pour les investisseurs, la conséquence est que les annonces de hausses d’impôts, de nouveaux programmes publics ou de changements radicaux de la réglementation devront être évaluées à l’aune de leur capacité réelle à devenir loi, tandis que le contrôle du Sénat prend une importance supplémentaire pour les nominations soumises à sa confirmation.

Taux et Treasury : le vote peut changer les attentes

Pour les taux d’intérêt, la révision du scénario doit partir d’une distinction : le résultat électoral peut modifier les attentes économiques, mais il ne détermine pas les décisions de la Federal Reserve, dont le mandat reste lié à l’emploi et à la stabilité des prix. Une moindre probabilité d’adopter de nouvelles mesures budgétaires expansionnistes pourrait atténuer certaines pressions attendues sur la demande, mais la banque centrale devra continuer à évaluer l’inflation, le marché du travail et l’activité économique ; il serait donc prématuré de conclure que la victoire démocrate rend inévitables des baisses plus rapides, d’autant que les effets du nouvel équilibre politique dépendront des mesures effectivement adoptées et de celles qui resteront en vigueur.

Pour les Treasury, le parcours est encore moins linéaire, car le rendement exigé d’une obligation intègre davantage d’éléments que la seule orientation de la banque centrale : sur les maturités longues comptent aussi les anticipations d’inflation, l’offre de dette et la prime que les investisseurs réclament pour immobiliser leur capital dans le temps. Dans notre lecture prospective, un Congrès capable de contenir de nouvelles dépenses ou des allègements non financés pourrait soutenir la confiance dans la discipline budgétaire ; un Congrès engagé dans une confrontation permanente avec le président pourrait au contraire nourrir l’incertitude sur les finances publiques et sur les échéances politiques. Le point à surveiller dans les prochaines semaines sera donc la nature des éventuels mouvements : des rendements en baisse pour davantage de stabilité et des rendements en baisse par crainte d’un ralentissement ne racontent pas la même histoire.

Bourses : moins de place pour les promesses, plus de poids pour les bénéfices

Pour les Bourses, la double victoire démocrate invite surtout à réexaminer les sociétés dont les valorisations dépendent d’autres décisions politiques favorables, car un plan industriel fondé sur l’attente de nouvelles incitations, commandes ou aides publiques n’est pas la même chose qu’une activité capable de produire des résultats même sans intervention supplémentaire de l’État. Notre hypothèse de travail est que le marché pourrait devenir plus sélectif face aux promesses de croissance liées à l’agenda législatif, tandis que la capacité à générer de la trésorerie, à supporter la dette et à défendre les marges conserve une valeur transversale. Il n’en découle pas de préférence automatique pour un secteur entier, car deux entreprises du même compartiment peuvent être très différemment exposées aux décisions fédérales et à la variation du coût du capital.

Même une réaction initiale favorable doit être interprétée avec prudence, car la levée de l’incertitude sur le résultat peut pousser les opérateurs à réduire leurs couvertures ou à reconstituer leurs positions sans que les perspectives économiques des entreprises se soient améliorées. L’étape suivante consistera à voir si le nouvel équilibre politique réduit le risque de changements brusques ou rend plus difficile la gestion d’un ralentissement de l’économie ; en ce sens, la distinction utile n’est pas entre une Bourse « démocrate » et une Bourse « républicaine », mais entre des bénéfices déjà soutenus par l’activité des entreprises et des bénéfices qui nécessitent encore des conditions politiques favorables pour se matérialiser.

Dollar : deux forces peuvent l’orienter en sens opposés

Sur le dollar continueront à s’affronter le différentiel de rendement et la demande de sécurité, avec la possibilité que les deux facteurs évoluent en sens différents : si les investisseurs révisaient à la baisse leurs attentes de rendements américains par rapport à ceux d’autres économies, le soutien à la devise pourrait diminuer ; si, au contraire, une phase d’aversion au risque international prévalait, la demande d’actifs libellés en dollars pourrait se renforcer. Il s’agit de mécanismes possibles, non d’une prévision sur le taux de change : la Federal Reserve elle-même décrit le lien entre taux, attractivité relative des actifs financiers et devise, mais l’application au résultat électoral dépend des anticipations que le marché formera sur les politiques à venir et du contexte des autres économies.

Pour un investisseur italien, cela signifie que le jugement porté sur le résultat d’un placement américain doit aussi intégrer la devise, car l’appréciation d’un actif en dollars peut être partiellement absorbée par un affaiblissement de la monnaie américaine face à l’euro. La lecture patrimoniale exige donc de conjuguer exposition géographique, risque de change et horizon temporel : un portefeuille qui paraît diversifié par le nombre de fonds ou de titres peut conserver une dépendance importante au même taux de change, et l’évolution des attentes politiques rend utile de vérifier cette concentration sans transformer chaque oscillation électorale en raison de modifier ses investissements.

Or et politique étrangère : le contrepoids n’élimine pas l’incertitude

Pour l’or, la lecture prospective reste liée à l’interaction entre rendements réels, dollar et demande de protection : un contexte de rendements réels plus faibles pourrait le rendre relativement plus attractif, tandis qu’une plus grande confiance dans la stabilité politique pourrait réduire une partie de la demande défensive. La victoire démocrate ne suffit donc pas à définir une direction pour le métal, car elle peut être interprétée soit comme un renforcement des contre-pouvoirs, soit comme le début d’une confrontation plus vive ; le point à surveiller sera de savoir si l’affrontement institutionnel produit des accords crédibles ou de nouveaux épisodes d’incertitude, en évitant d’attribuer à l’or la capacité de protéger toujours et en toute circonstance contre n’importe quel risque.

La politique étrangère doit elle aussi être relue sans présumer un remplacement immédiat des priorités présidentielles, car le nouvel équilibre accorde davantage de poids au débat sur les ressources et aux nominations diplomatiques, mais n’annule pas l’initiative de la Maison-Blanche. Notre appréciation est que le conflit intérieur peut susciter aussi bien une recherche d’accords qu’une volonté de déplacer l’action politique vers des domaines dans lesquels le président conserve davantage de marge ; l’énergie, les relations commerciales et les tensions internationales continueront donc de devoir être suivies séparément, sans considérer le résultat électoral comme une garantie de modération ou d’apaisement.

La prévision à mettre à jour est le poids du risque politique

La conclusion que nous tirons du vote concerne la qualité de l’incertitude : une fois les majorités identifiées, le risque électoral cède la place à l’épreuve de la capacité à gouverner. Pour l’investisseur, l’étape utile consiste à se demander quelles attentes sont déjà intégrées dans les valorisations, lesquelles exigent encore une loi et lesquelles dépendent au contraire de la croissance, des prix et des résultats des entreprises ; c’est sur ces éléments qu’il faudra mesurer l’effet de la victoire démocrate, plutôt que sur la direction de la première séance. La planification conserve ainsi son principe : répartir les risques, maintenir une liquidité cohérente avec les besoins et évaluer les changements politiques au regard des objectifs du patrimoine, sans confier à un seul résultat électoral la mission de décider de l’avenir du portefeuille.

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