Vai al contenuto

 

Caddie miniature doré devant des produits alimentaires et un ticket de caisse

Cinq cents euros de plus par mois : une redistribution forcée des revenus remettrait-elle l’Italie en mouvement ?

Si le gouvernement augmentait de force le revenu disponible des travailleurs en imposant aux employeurs des salaires plus élevés, un soutien fiscal aux familles et des compensations fiscales aux entreprises, quels seraient les bénéfices sur la consommation, l’épargne et la sécurité des personnes ?

par Massimo BonaventuraPublié le
PartagerLinkedInFacebookWhatsAppAdvisor

L’Italie a besoin d’une politique des revenus qui rende aux gens la possibilité de planifier leur vie. Pour de nombreuses familles, travailler ne suffit plus à dégager une marge positive entre ce qui entre et ce qui doit nécessairement sortir au titre du logement, de l’alimentation, des transports, de la santé et des dépenses pour les enfants. En particulier, il faut une marge pour faire face aux imprévus, surtout ceux de nature exceptionnelle. Lorsque cette marge disparaît et que l’on dépense donc tout ce que l’on gagne, on entre dans une situation où il devient impossible d’affronter les aléas, même de faible ampleur, et où diminuent en même temps la sérénité, la liberté de consommer et la capacité à faire des projets de quelque nature que ce soit. La question salariale devient ainsi un problème patrimonial et productif : elle concerne l’avenir des familles, mais aussi les perspectives des entreprises qui doivent leur vendre des biens et des services. Après une longue période de faiblesse des rémunérations réelles, il est légitime de se demander si les petits correctifs régulièrement proposés par les gouvernements constituent une réponse suffisante ou s’il faut une intervention exceptionnelle, capable de modifier rapidement les attentes.

Le point de départ est mesurable. Selon l’OCDE, au premier trimestre 2026 les salaires réels italiens étaient encore inférieurs de 6,1% par rapport à la même période de 2021 ; l’écart le plus important parmi les grandes économies de l’organisation. Dans le scénario publié en juillet, conditionné à la durée des perturbations économiques mondiales liées au conflit au Moyen-Orient, l’OCDE prévoyait une nouvelle baisse de 0,9% en 2026. En septembre, l’inflation italienne a atteint 4,2%, avec une hausse du coût de l’énergie de 22,6% (données définitives Istat). Il ne suffit donc pas de voir le chiffre sur la fiche de paie augmenter : il faut vérifier combien de vie quotidienne ce chiffre permet encore d’acheter.

L’épargne et la sécurité des familles s’effritent

Les données publiées par l’Istat le 5 octobre montrent qu’au deuxième trimestre 2026 la propension à épargner des ménages consommateurs est tombée à 6,7%, perdant 1,2 point par rapport au trimestre précédent. Sur la même période, le revenu disponible a augmenté de 0,4%, tandis que les consommations ont progressé de 1,7% et que le pouvoir d’achat a reculé de 0,9%. Il s’agit d’une donnée trimestrielle, non du bilan de l’année entière, mais elle décrit une tension précise : pour soutenir leurs dépenses, les familles ont réduit la part de revenu mise de côté.

Une nouvelle dégradation en 2027 constituerait un risque très grave, surtout si les prix et les revenus continuaient à diverger. D’où la nécessité d’analyser des mesures de redistribution des revenus réellement décisives et incisives, qui prennent la place de celles dont l’utilité est douteuse parce qu’elles sont dépourvues de leur élément fondamental : la continuité. Parmi celles-ci, il y a certainement celle de reconstruire rapidement le revenu disponible afin de permettre aux personnes de consommer sans devoir renoncer systématiquement à leur protection financière. Une partie de la hausse pourrait financer des achats reportés depuis des années, une autre reconstituer un fonds pour les imprévus ou réduire les dettes. Ces usages ont eux aussi de la valeur : une famille moins exposée à une dépense de santé inattendue ou à une réparation urgente est une famille économiquement plus stable. C’est pourquoi une politique des revenus devrait être jugée aussi à l’aune de l’amélioration de la résilience familiale, et pas seulement des ventes enregistrées dans les mois immédiatement suivants.

Une hausse rapide, avec une obligation et une contrepartie

Le scénario que nous faisons ici est celui d’une augmentation mensuelle nette de 500 euros pour un public défini de travailleurs à revenu faible et moyen-faible : 6.000 euros par an, obtenus en combinant un avantage fiscal de 300 euros nets avec une hausse salariale capable de produire 200 euros nets supplémentaires. La composante publique devrait prendre la forme d’un crédit remboursable, reconnu aussi à ceux qui ne versent pas assez d’Irpef pour bénéficier d’une déduction ordinaire. La composante patronale devrait devenir une rémunération ordinaire, additionnelle et non absorbable par la suppression d’autres éléments de salaire. L’objectif serait une disponibilité stable, avec une réduction progressive de l’avantage fiscal à mesure que les revenus augmentent, afin d’éviter des seuils qui pénalisent les hausses ultérieures.

Pour mettre en œuvre une initiative d’une telle ampleur, et surtout pour éviter qu’elle ne se perde dans d’anciennes querelles entre les organisations syndicales de branche et le gouvernement du moment, il faudrait une loi nationale fixant un plancher salarial et un mécanisme obligatoire d’actualisation des rémunérations concernées, sans subordonner l’intervention au consentement de chaque entreprise. Un minimum horaire, à lui seul, n’augmenterait pas le salaire de ceux qui se situent déjà au-dessus du seuil : pour atteindre aussi les revenus moyens et modestes, il faudrait une disposition supplémentaire. La règle devrait être construite dans le respect des articles 36 et 39 de la Constitution, en la coordonnant avec les conventions collectives et en définissant le brut, les horaires et les mensualités. Garantir un résultat net exige en outre de prendre en compte les impôts, les cotisations et d’éventuelles réductions d’autres prestations : écrire « 200 euros » dans la loi ne suffit pas à résoudre à lui seul cette conversion.

Aux entreprises reviendrait une compensation fiscale certaine, partielle et liée au coût incrémental constaté. Il ne s’agirait pas d’un avantage indistinct sur les salaires existants : l’État contribuerait à l’augmentation additionnelle, en laissant une part effective à la charge de l’entreprise. Le soutien devrait pouvoir être utilisé rapidement, y compris par les entreprises sans bénéfices imposables, pour lesquelles une simple déduction aurait une utilité immédiate limitée. Il faudrait des contrôles contre les réductions fictives des horaires, les remplacements frauduleux de salariés et la transformation d’augmentations déjà dues en dépenses subventionnées.

Les entreprises aussi doivent contribuer

Demander une contribution aux entreprises est un choix de redistribution des revenus, non une pénalisation de l’activité économique. Au cours des années précédentes, une partie du tissu productif a bénéficié d’une forte expansion des marges : la Banque d’Italie documente un triennat de croissance significative de la marge opérationnelle brute, suivi d’un repli à partir de la mi-2024 et d’un rebond fin 2025. Il n’est toutefois pas correct d’attribuer à toutes les entreprises des profits exceptionnels obtenus sans produire davantage. La capacité à absorber des hausses salariales est inégale : celles qui disposent de marges et de liquidités peuvent contribuer davantage ; celles qui évoluent dans des conditions fragiles ont besoin d’un accompagnement vérifiable.

La contribution des entreprises aurait une contrepartie économique, en plus de la contrepartie fiscale : un public plus large de consommateurs disposant d’une capacité de dépense. L’entreprise isolée, en revanche, ne peut pas voir garantie la récupération de chaque euro versé à ses salariés, car les dépenses supplémentaires se répartissent entre secteurs et territoires : une partie atteint des fournisseurs étrangers, et certaines entreprises exportatrices profitent peu directement de la demande italienne accrue. Le retour doit donc être évalué à l’échelle du système économique, sans promettre à chaque employeur un remboursement commercial automatique. De meilleurs salaires peuvent aussi favoriser la fidélisation, mais là encore les effets ne sont pas identiques pour toutes les activités.

Trente-cinq milliards de consommation supplémentaire : le scénario à mesurer

Sur dix millions de travailleurs, 6.000 euros annuels supplémentaires représentent 60 milliards de revenu net en plus. Si chaque bénéficiaire consacrait 3.500 euros à la consommation, l’augmentation de la demande serait de 35 milliards par an ; il resterait 25 milliards pour l’épargne, le remboursement des dettes ou d’autres usages. La part consommée serait d’environ 58%. Il s’agit d’une hypothèse de travail, non d’un seuil minimum garanti. Une étude de la Banque d’Italie sur la prime de 80 euros estimait une part consommée de 50–60% la même année, avec des limites de précision statistique : une référence utile, qui ne permet pas de transposer automatiquement le résultat à une mesure beaucoup plus ample et différente.

Trente-cinq milliards constitueraient un coup de pouce important aux ventes. Mais cela ne correspond pas à 35 milliards de PIB supplémentaire, et ne représente pas non plus le multiplicateur lui-même : celui-ci mesure de combien la production augmente par rapport à l’impulsion initiale. Les importations, la réaction de l’offre, les prix, l’épargne et les conditions financières déterminent le résultat. Là où existe une capacité productive disponible, des commandes plus nombreuses peuvent favoriser la production, l’emploi et l’investissement ; là où l’offre est rigide, une partie du bénéfice risque d’être absorbée par les hausses de prix. C’est pourquoi la politique des revenus devrait s’accompagner d’interventions sur l’énergie, le logement, les infrastructures et la capacité productive, afin de protéger le gain réel et de corriger le drainage fiscal.

Le coût public doit être déclaré, le retour doit être vérifié

Le premier crédit de 300 euros par mois, sur dix millions de travailleurs et douze mois, coûterait 36 milliards par an. À cela s’ajouterait la compensation aux entreprises. En supposant, uniquement pour illustrer le mécanisme, que produire 200 euros nets supplémentaires nécessite 400 euros par mois de coût total pour l’entreprise et que l’État en compense 150, le coût public grimperait à 54 milliards par an. Il resterait aux entreprises 30 milliards de coût incrémental après soutien. La conversion entre coût et net devrait être vérifiée sur les fiches de paie effectives ; le coût public indiqué est avant les recettes supplémentaires et les autres effets budgétaires. Rembourser intégralement les entreprises transférerait en revanche à l’État, dans les faits, les deux composantes du bénéfice. Toutefois, la TVA, les impôts sur les revenus et les cotisations générés par l’activité additionnelle réduiraient le coût net, si bien qu’une diminution de la contribution des entreprises au revenu disponible accru serait envisageable.

Pourquoi les entreprises devraient-elles l’accepter ?

Toutes ne l’accepteraient pas volontiers. Si la hausse est obligatoire, le consentement n’est pas la condition de son application ; la soutenabilité économique reste toutefois décisive pour le résultat. 3.000 euros par an et par salarié peuvent être supportables pour une entreprise et déstabilisants pour une autre. La marge opérationnelle, le poids du personnel, la liquidité et la possibilité d’augmenter les ventes ou la productivité comptent.

Surtout, l’avantage tiré de la consommation est collectif, alors que le coût salarial frappe immédiatement l’entreprise individuelle. Une entreprise exportatrice pourrait recevoir peu de demande italienne supplémentaire ; un supermarché pourrait en recevoir beaucoup : on ne pourrait pas promettre le même retour aux deux.

La compensation publique sert donc précisément à atténuer cette différence. Elle pourrait prévoir une part ordinaire et un soutien transitoire plus important pour les entreprises économiquement viables mais particulièrement exposées, sous réserve de vérifications.

Une politique des revenus ambitieuse doit protéger à la fois le pouvoir d’achat et l’emploi

L’augmentation des rémunérations devrait s’accompagner de compensations publiques conditionnées à la protection du travail, de contrôles sur les réductions abusives d’effectifs et d’horaires, ainsi que d’outils pour faire face aux crises réelles. Sur le front des prix, la hausse de la demande exige davantage de capacité productive, de concurrence et d’interventions sur les coûts essentiels : sans ces conditions, une partie du bénéfice pourrait être absorbée par l’inflation. La comparaison européenne doit elle aussi être abordée en déclarant le coût de l’opération et ses financements, sans présumer un autofinancement intégral.

En conclusion, l’Italie doit pouvoir débattre d’une politique salariale ambitieuse sans la réduire à une succession de bonus. L’objectif est de rendre aux personnes une disponibilité suffisante pour vivre avec davantage de sérénité, consommer et reconstituer leur épargne ; aux entreprises, d’offrir une demande plus solide, tout en leur demandant une participation effective au changement.

Une hausse rapide de 500 euros nets pour les revenus concernés exige un engagement important, une loi précise et des vérifications indépendantes des résultats. Mais le maintien de salaires faibles a lui aussi un coût : achats reportés, fragilité financière et investissements qui ne démarrent pas. La décision politique consiste à savoir combien de ressources mobiliser pour rompre cette stagnation, comment répartir son coût et quels résultats exiger.

Le rendement économique attendu est important, mais il doit être mesuré : des salaires plus élevés, une plus grande sécurité des familles et une demande plus solide doivent devenir des résultats vérifiables, et non des promesses utilisées pour repousser l’évaluation des risques.

PartagerLinkedInFacebookWhatsApp

Articles liés

Newsletter

La newsletter de Patrimoni & Finanza

Une sélection raisonnée d'analyses sur l'économie, le Real Estate et le patrimoine

Le service d'inscription n'est pas encore connecté : aucune adresse n'est enregistrée